La mirtazapine en gel transdermique ?

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Lecture d’un article paru en 2017 :
Benson, Drug exposure and clinical effect of transdermal mirtazapine in healthy young cats:a pilot study, 2017, Journal of Feline Medicine and Surgery, Vol. 19(10) 998–1006

 

Initialement  utilisée comme anti-dépresseur en médecine humaine, la mirtazapine est maintenant largement utilisée en médecine humaine comme un médicament stimulant l’appétit (orexigène).

La mirtazapine, ça marche comment déjà ?

Les mécanismes de cette action orexigène ne sont pas encore bien décrits mais impliqueraient un antagonisme du récepteur 5HT2C, qui est connu pour avoir une action inhibitrice sur l’appétit. La mirtazapine aurait aussi une action antagoniste sur le récepteur H1, qui joue lui aussi un rôle dans la régulation de l’appétit.

Son action sur le récepteur 5HT3, qui est très important dans la physiologie du vomissement serait responsable de ses propriétés anti-émétiques, et pourrait avoir un rôle dans l’appétence.

Ainsi, la mirtazapine est fréquemment utilisée chez les chats souffrant de maladies chroniques ou aigües impliquant une dysorexie.

Le problème, c’est qu’il n’est pas toujours facile de faire avaler un  quart de comprimé de mirtazapine 15 mg à un chat. C’est pourquoi cette étude s’est penchée sur l’utilisation de la mirtazapine sous forme de gel pour diminuer le stress de son administration et, au final, être encore plus bénéfique au chat.

Mais la mirtazapine peut-elle être absorbée par voie transdermique ? Et atteint-elle les concentrations minimales efficaces ? Ce sont les questions posées par cette étude pilote.

Conditions de l’étude :

Cette étude est randomisée, en double aveugle, avec un groupe placebo. Elle a été effectuée sur un nombre restreint de 20 chats, tous en bonne santé, et sans anomalie sur leur bilan sanguin. Les propriétaires devaient renseigner un questionnaire journalier sur l’appétit de leur chat, son activité, ses demandes et ses vocalisations. Un observateur notait aussi ses impressions comportementales, l’animal étant emmené au centre de recherche le 7ème jour, avec pesée de la nourriture.

Sur ces 20 chats, 4 ont étés exclus du contrôle sanguin mais ont participé au reste de l’étude, et certains chats on été exclus de certaines parties de l’étude statistique en raison de questionnaires incomplets. 

Dans cette étude, une dose de 3,75 mg a été administrée à 4 chats une unique fois par voie transdermique dans le pavillon auriculaire, et la même chose a été faite sur 5 chats avec une dose de 7,5 mg. Un cathéter jugulaire permettait de prélever le sang sur 48h. La ponction de sang à proximité de l’oreille pourrait avoir joué dans des résultats faussement plus élevés de la concentration sérique de mirtazapine.

À titre de comparaison, un comprimé de mirtazapine (1,88 mg) a été donné par voie orale avec un prélevement sanguin à 1, 4 et 8h. 

Résultats 

Cette étude montre qu’une administration unique transdermique auriculaire de 3,75 ou 7,5 mg de mirtazapine permettait d’atteindre des concentrations sériques similaires à celle d’une administration de 1,88 mg de mirtazapine par voie orale. Tandis qu’une administration quotidienne de 7,5 mg de mirtazapine en gel transdermique menait à une exposition bien plus important à la molécule après 6 jours de traitement.

Concernant l’effet clinique, le gel transdermique de mirtazapine a montré son efficacité, aussi bien chez les propriétaires qu’à l’hôpital, avec une augmentation significative de la consommation de nourriture par rapport au groupe placebo.

Cependant, avec la dose de 7,5 mg transdermique, de nombreux chats montraient des effets secondaires indésirables comme des vocalisations augmentées, un comportement de demande, et une activité augmentée,  cela suggère que des doses plus faibles  que celles utilisées seraient plus appropriées.

Conclusion

Cette étude montre que le gel transdermique de mirtazapine appliqué dans le pavillon auriculaire semble efficace, et pourrait être bénéfique sur de nombreux chats dysorexiques à qui on ne peut pas donner de comprimés.

Cependant, des études complémentaires semblent nécessaires pour ajuster la dose, mais aussi pour étudier la bio-équivalence et la durée d’action du produit.

Enfin, il serait nécessaire d’étudier davantage l’effet du gel transdermique de mirtazapine chez les chats cibles du traitement, c’est-à-dire des chats âgés, ou insuffisants rénaux.

En effet, il a été montré que les chats souffrant de maladie rénale chronique présentaient un temps de demie-vie de la mirtazapine augmenté, et nécessitaient donc une dose moindre de produit et à des intervalles plus grands. D’autres éléments à prendre en compte sont la présence de maladies concomittantes, l’hydratation de l’animal et la santé de la couche cornée de sa peau ceci peut jouer sur l’absorption du produit. Ces facteurs peuvent jouer un rôle important dans l’utilisation du produit chez les chats seniors.

Enfin, il serait intéressant de se pencher sur la conséquence d’un tatouage auriculaire sur l’absorption du produit. Cela pourrait être un frein à son utilisation.

Pour conclure, cette étude est prometteuse et intéressante : il serait formidable de pouvoir donner ce traitement courant à des chats récalcitrants. Espérons que les études complémentaires arrivent vite pour que nous puissions utiliser sereinement cette galénique chez nos chats malades et dysorexiques. Ceci dit, on attend toujours le gel transdermique pour le traitement de l’hyperthyroïdie chez le chat…  Allez, on y croit, ça va bien finir par arriver en France 😉 

Auteur : Alexandra de Nazelle, Docteur vétérinaire, CEAV Médecine Interne
Date: Août 2018

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