Doser l’oestradiolémie pour évaluer l’intérêt d’une stérilisation (OVH) lors de tumeur mammaire chez la chienne

Un article très intéressant est publié dans le JVIM.

Kristiansen  V.M. and al., Effect of Ovariohysterectomy at the Time of Tumor Removal in Dogs with Mammary Carcinomas: A Randomized Controlled Trial, 2016, J Vet Intern Med;30:230–241

Cette étude, menée sur 60 chiennes entières indique que les tumeurs mammaires (TM) constituent un ensemble hétérogène, et que toutes les chiennes atteintes de TM ne voient pas le bénéfice d’une ovario-hysterectomie (OVH) concomitante à la mastectomie.

Cependant, il est intéressant de constater que les chiennes présentant des tumeurs avec des récepteurs aux oestrogènes (ER + ), de grade 2 ou une oestradiolémie (E2) sérique péri-chirurgicale augmentée, représentaient le sous-ensemble des chiennes atteints d’un carcinome mammaire le plus susceptible de bénéficier d’une OVH.

Ainsi, la concentration sérique péri-chirurgicale de 17b-estradiol pourrait être utilisée comme marqueur facilement disponible pour identifier les chiennes susceptibles de bénéficier de l’OVH.

Le  seuil choisi est la valeur médiane d’œstradiolémie du laboratoire, en se basant si possible sur la valeur médiane d’œstradiolémie des chiennes avec tumeur mammaire, sinon de l’ensemble de leur population.

Matériel et Méthode : 

Le but de cette étude était de déterminer si l’ovario-hysterectomie au moment de la mastectomie améliorait le pronostic chez les chiennes atteints d’un carcinome mammaire, et d’évaluer si des facteurs hormonaux influencent l’effet de l’OVH.

Elle a été réalisée sur soixante chiennes atteintes de carcinomes mammaires, en se limitant aux chiennes entières sans métastases ni antécédents de tumeurs malignes.

Les concentrations sériques péri-chirurgicales d’oestradiol (E2) et de progestérone ont été mesurées, le diagnostic de la tumeur a été confirmé histologiquement et le statut des récepteurs des œstrogènes et de la progestérone a été déterminé par immuno-histochimie. Les chiennes ont fait l’objet d’une surveillance des récidives et des métastases tous les 3-4 mois pendant au moins 2 ans.

La procédure de randomisation de cette étude a permis de minimiser l’effet des facteurs de confusion potentiels et les deux groupes d’intervention étaient identiques dans presque toutes les variables relatives à l’hôte et à la tumeur au début.

Le contrôle des informations anamnestiques, la surveillance clinique étroite, un suivi long (jusqu’à 76 mois) et la pratique d’une nécropsie dans 86% des cas constituaient d’autres points forts de cette étude.

Résultats 

En analyse multivariée, comme cela fut le cas pour les autres études, une OVH n’influençait pas de manière significative le risque de rechute (HR, 0,54; P = 0,12), mais un effet d’interaction a été identifié entre le statut ER (récepteur aux oestrogènes) et E2 (oestradiolémie) (P = 0,037).

Les analyses de sous-groupes montrent par ailleurs que les chiennes atteintes de tumeurs ER + de grade 2, ou de concentrations sériques péri-chirurgicales élevées en oestradiolémie représentent un sous-groupe susceptible de bénéficier d’une OVH.

Discussion

Les carcinomes mammaires sont les tumeurs malignes les plus fréquentes chez les chiennes non stérilisées. Environ la moitié des TM de chiennes sont malignes, les carcinomes et adénocarcinome étant les types histologiques le plus fréquents.

La chirurgie reste le standard de soin, les chiennes présentant des stades précoces, de bas grade, sont souvent traités par une chirurgie seule. Les métastases et les récidives, représentent cependant des causes fréquentes d’échec thérapeutique lors de stades plus avancés.

Une association entre l’exposition hormonale ovarienne et le risque de tumeurs mammaires a montré une diminution significative de l’incidence des tumeurs mammaires chez les chiens ayant subi une ovariectomie ou ovario-hysterectomie prépubère par rapport aux chiennes entières ou stérilisées plus tard dans la vie.

Ainsi, il est ainsi biologiquement probable que les hormones ovariennes jouent un rôle important dans l’étiologie du développement de tumeurs mammaires.

Beaucoup de ces tumeurs expriment par ailleurs des récepteurs hormonaux, suggérant un certain degré de dépendance aux hormones. Cependant, il est à noté que la glande mammaire normale subit des modifications histologiques dynamiques et des changements de RH tout au long du cycle, ce qui complique les études.

Ainsi, on a constaté que le statut récepteurs hormonaux de la tumeur mammaire était affecté par le cycle et le statut stérilisé, en plus de facteurs tels que l’âge, la taille de la tumeur, et de ses caractéristiques histologiques…

L’intérêt ou non d’une OVH lors de tumeur mammaire fait débat.

La majorité des études ne trouve pas de bénéfice pronostique à l’ovario-hysterectomie de chiennes lors de TM, sauf 2 études. Cependant aucune de ces études n’a évalué l’effet de l’OVH selon le profil des récepteurs hormonaux, ce qui peut expliquer les résultats négatifs. De plus, les analyses de récepteurs hormonaux ne sont pas effectuées en routine, de part le manque de standardisation des méthodes immuno-histochimiques, non disponibles en routine.

Ainsi, au delà des récepteurs hormonaux, il est intéressant de se pencher sur la concentration sérique en hormones, comme c’est le cas dans cette étude.

Conclusion

Cette étude est prometteuse, bien que l’analyse d’effet de l’OVH dans ses sous-groupes puissent manquer de puissance statistique satisfaisante D’autres études sont nécessaires pour confirmer les résultats de ces analyses.

Elle montre que 17b-estradiol pourrait être utilisé comme marqueur pour identifier les chiennes qui pourraient bénéficier d’une OVH.

Le  seuil choisi est la valeur médiane d’œstradiolémie du laboratoire , en se basant  si possible sur la valeur médiane d’œstradiolémie des chiennes avec tumeur mammaire, sinon de l’ensemble de leur population.

En pratique, pour nous, il pourrait être intéressant de proposer un dosage de 17b-estradiol en amont d’une chirurgie de TM sans métastase, afin de proposer, le cas échéant, une OVH concomitante à l’exérèse de la tumeur/chaine mammaire.

Auteur : Alexandra de Nazelle, Docteur Vétérinaire
Date : Janvier 2019

Bibliographie

– Spoerri M, Guscetti F, Hartnack S and al., Endocrine control of canine mammary neoplasms : serum reproductive hormone levels and tissue expression of steroid hormone, prolactin and growth hormone receptors , BMC Veterinary Research 2015; 11:235 

– Kristiansen VM, Pena L, Cordova LD and al., Effect of Ovariohysterectomy at the Time of Tumor Removal in Dogs with Mammary Carcinomas: A Randomized Controlled Trial J Vet Intern Med 2016;30:230–241

-Sorenmo K.U,  Shofer F.S, Goldschmidt M.H, Effect of Spaying and Timing of Spaying on Survival of Dogs with Mammary Carcinoma, J Vet Intern Med 2000; 14 : 266–270

Si cet article vous a plus, vous aimerez sûrement aussi :

– La gabapentine, nouvel antistress pour le chat ?
La mirtazapine en gel transdermique
Management : au delà des clivages générationnels
Management : la méditation, pour les vétérinaires aussi ?
-Ostéopathie : le crâne et l’encolure


Management : au delà des clivages générationnels
Management : la méditation, pour les vétérinaires aussi ?
-Ostéopathie : le crâne et l’encolure

Lectures Médicales

Management :

Rejoignez-moi sur les réseaux sociaux @Vet4Care