Le syndrome de la moelle attachée (SMA) chez le chien

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Aujourd’hui je vais vous parler d’une affection qui est le syndrome de la moelle attachée que j’appèlerai SMA. Car un article est sorti récemment sur le sujet et est super interessant.

Alors avant de commencer, un petit point anatomique pour comprendre de quoi on parle. 

Chez les mammifères domestiques, le tissu nerveux situé dans le canal vertébral s’effile en une pointe appelée *conus medullaris* (CM). Le *filum terminale* (FT) relie le CM aux vertèbres caudales. Le FT se compose de deux segments : le *filum terminale internum* (FTI), intradural, entouré d’un sac dural (SD) jusqu’à ce que ces structures fusionnent pour former  le *filum terminale externum* (FTE), extradural. 

Le syndrome de la moelle attachée (SMA) est une affection rare, congénitale ou acquise.

Il été identifié chez l’homme comme résultant soit d’une fixation mécanique, soit d’un filum terminale (FT) inélastique exerçant une traction anormale sur le cône médullaire. Il peut être associé à des malformations du tube neural ou survenir à la suite d’anomalies du FT.

Il a été identifiée chez les enfants et les adultes. Chez l’humain atteint du syndrome de la moelle attachée occulte, les principaux signes cliniques sont la douleur (70 %), les déficits neurologiques (74 %) et la perte de contrôle vésical ou anal (plus de 60 %), constituant ensemble la triade symptomatique de ce syndrome. Il est à noter que 23 % des chiens d’une des 2 études présentaient une douleur lors de la défécation ou de la miction ; ce signe pourrait être caractéristique de la SMA en l’absence d’autres diagnostics

Symptômes

Ce syndrome est probablement sous-diagnostiqué chez le chien, car les signes cliniques sont aspécifiques et il n’existe pas encore de critères d’imagerie standardisés pour le diagnostic. Au sein de leur cohorte de chiens, ils ont constaté que des comportements évocateurs de paresthésies transitoires — tels que se retourner brusquement comme sous l’effet d’une piqûre, s’asseoir précipitamment en promenade ou mordiller les membres postérieurs ou la queue — étaient présents chez tous les chiens ; ces signes peuvent donc servir à renforcer la suspicion clinique de SMA. L’absence de mobilité de la moelle épinière ou du sac dural en imagerie dynamique pourrait constituer un paramètre objectif étayant le diagnostic de SMA. La moitié des chiens l’étude présentaient également des adhérences extradurales supplémentaires nécessitant une section en plus de la libération du *filum terminale* .

Les signes cliniques rapportés comprennent une faiblesse et/ou une boiterie des membres pelviens, avec ou sans déficits proprioceptifs, une incontinence urinaire, un port bas et une tonicité réduite de la queue, une diminution des réflexes de retrait des membres pelviens, ainsi que des anomalies sensorielles associées à des comportements douloureux et une douleur lombo-sacrée à la palpation. Ces anomalies neurologiques indiquent généralement une localisation neuro-anatomique au niveau des segments médullaires L4–S3 ou de la queue de cheval.

Le diagnostic repose sur l’anamnèse, les signes cliniques et les résultats de l’imagerie par résonance magnétique (IRM). 

Sinon l’examen physique de tous les chiens n’a révélé aucune anomalie notable. Les résultats de l’examen neurologique étaient similaires chez la plupart des chiens, incluant une démarche normale ou raide au niveau des membres pelviens. 

Les symptômes typiques comprennent au moins deux des trois symptômes suivants : douleurs dorsales ou aux jambes, déficits neurologiques incluant des troubles de la marche et dysfonctionnement vésical. 

Tous les chiens présentaient soit une douleur à la palpation lombaire, soit une douleur lors de l’extension des hanches. La douleur s’intensifiait lorsque la colonne vertébrale lombaire était palpée alors que la hanche était en position surélevée. Dans l’étude de Lampe, Tous les propriétaires ont signalé une aggravation des signes cliniques de leur chien à l’effort, ainsi que des comportements évocateurs de paresthésies transitoires, tels que le fait de regarder soudainement son arrière-train, de mordiller une patte ou la queue, ou de s’asseoir précipitamment en promenade.

Quasiment tous les chiens présentaient des signes d’inconfort, notamment une hypersensibilité au toucher, des grognements ou des gémissements

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Comportement 

Il est à noter que 5 des 12 chiens présentaient des antécédents d’anxiété excessive ou de troubles du comportement présumés, réfractaires aux traitements anxiolytiques. 

Des anomalies comportementales ont été fréquemment observées dans une des études. Celles-ci incluaient une anxiété accrue, une agitation, une agressivité défensive ou des vocalisations déclenchées par le toucher, des automutilations, un léchage excessif des membres ainsi que des comportements compulsifs, tous localisés au niveau de la région lombaire ou lombo-sacrée, de la queue et/ou des membres pelviens. La disparition ou l’amélioration notable de ces signes après l’intervention chirurgicale suggère une origine liée à la douleur ou à une dysesthésie. 

Des manifestations similaires ont été rapportées chez des chiens militaires atteints de sténose lombo-sacrée étagée, confirmant ainsi l’impact de la douleur chronique sur la qualité de vie et son rôle dans le déclenchement de diverses réponses comportementales chez le chien. Elle induit une détresse émotionnelle mais aussi des modifications neurobiologiques telles que la sensibilisation centrale (j’en ai parlé dans le 1er podcast sur les Anti inflammatoires), l’hyperesthésie, l’allodynie et le phénomène de sommation temporelle (« wind-up »), avec des effets cumulatifs au fil du temps. D’après les résultats de ces études, les chiens atteints de SMA souffrent de douleurs chroniques, ce qui les prédispose probablement à des schémas comportementaux persistants et potentiellement ancrés, susceptibles de résister au traitement médical. Par conséquent, le repérage précoce des comportements associés à la douleur est essentiel pour améliorer le bien-être des patients ainsi que les résultats thérapeutiques.

Trois chiens souffraient d’incontinence urinaire et deux semblaient éprouver de l’inconfort lors de la posture de défécation. Trois chiens avaient déjà subi une IRM du rachis thoraco-lombaire pour le même motif, sans que le syndrome de la queue de cheval n’ait été diagnostiqué.

La localisation neurologique déduite de l’examen clinique était compatible avec une atteinte L4-S3 ou de la queue de cheval, ou avec une douleur purement lombaire chez tous les chiens, à l’exception de celui décrit précédemment.

Les signes cliniques doivent être interprétés avec prudence, car d’autres diagnostics différentiels doivent également être envisagés, tels que le dysraphisme spinal occulte ou la myélodysplasie, les maladies musculosquelettiques héréditaires à un stade précoce, les neuropathies périphériques et les hernies discales caudales ou sacro-caudales passées inaperçues.  

Tous les chiens avenir eu des essais de traitements antalgiques — incluant des associations de gabapentinoïdes, de méthocarbamol, d’anxiolytiques, de prednisone et d’anti-inflammatoires non stéroïdiens — n’ayant entraîné que’ amélioration légère ou pas d’amélioration du tout. Tous avaient déjà consulté d’autres spécialistes, des thérapeutes en rééducation fonctionnelle, ou les deux, pour leurs problèmes de santé. Après l’échec de la prise en charge médicale, chaque propriétaire a choisi de recourir à l’imagerie diagnostique.

Imagerie

Il n’existe pas encore de critères d’imagerie validés pour diagnostiquer le SMA chez le chien. 

L’avènement de l’IRM lombo-sacrée dynamique a marqué une avancée significative, permettant d’identifier des cas de cône médullaire fixé et de renforcer la suspicion clinique en l’absence d’autres diagnostics. Chez le chien, le CM présente des mouvements physiologiques en direction crânienne et caudale lors de la flexion et de l’extension, respectivement. En médecine humaine, l’absence de mouvement lors de l’IRM dynamique est caractéristique du SMA, contrastant avec le déplacement physiologique observé chez les sujets sains 

Physiopathologie 

La physiopathologie sous-jacente du syndrome de la moelle attachée occulte (OTCS) chez le chien reste indéterminée. Chez l’homme, un filum terminale structurellement anormal, court et/ou inélastique exerce une traction caudo-dorsale excessive sur le cône médullaire et les racines nerveuses, entraînant une altération de la fonction neurovasculaire, une hypoxie, des perturbations métaboliques secondaires et des déficits neurologiques progressifs. Un mécanisme similaire est suspecté chez le chien, mais il n’a pas été formellement démontré. 

Examens et diagnostics

Un des études a utilisé des techniques d’imagerie dynamique pour diagnostiquer le syndrome de la moelle attachée chez des chiens présentant des signes cliniques inexpliqués. 

Chez le chien sain, le sac dural a un mouvement net, mais les auteurs peuvent pas encore proposer de valeur seuil pour le mouvement du sac dural en deçà de laquelle un SMA devrait être suspectée ; toutefois, l’évaluation du mouvement du sac dural s’avérera probablement utile dans le cadre de recherches futures.

Le diagnostic par scanner reposait sur l’absence de mouvement du sac dural entre la flexion et l’extension, tandis que le diagnostic par IRM reposait sur l’absence de mouvement à la fois du cône médullaire et du SD.

Cependant, les critères objectifs de sélection des candidats à la chirurgie ne sont pas encore définis. En médecine humaine, les échelles de gravité clinique possèdent une valeur prédictive ; une approche similaire chez le chien pourrait améliorer la précision diagnostique et orienter les décisions thérapeutiques.

Chirurgie 

D’après l’expérience des auteurs, le SMA peut constituer une affection chronique et invalidante, probablement sous-diagnostiquée, qui altère considérablement la qualité de vie. Chez l’homme, une intervention chirurgicale précoce est associée à de meilleurs résultats ; des succès similaires ont été rapportés chez le chien, soulignant ainsi l’importance d’établir des critères diagnostiques précis pour garantir une identification rapide et une prise en charge adaptée.

Le diagnostic présomptif de syndrome de la moelle attachée occulte peut être confirmé par une réponse favorable à la libération chirurgicale (section de la filum terminale), en plus de constatations peropératoires concordantes, comme cela a déjà été rapporté chez l’homme et chez le chien. 

Du coup, la chirurgie revêt une double finalité, agissant à la fois comme outil diagnostique et comme intervention thérapeutique. Cette situation pose un dilemme éthique majeur pour les neurochirurgiens praticiens, dans la mesure où la nécessité d’une intervention invasive ne peut être évaluée qu’a posteriori.

Aucune complication périopératoire majeure n’a été observée, et tous les chiens se sont rétablis sans incident après l’anesthésie. Six chiens ont présenté une détérioration neurologique postopératoire transitoire, caractérisée par une diminution de la motricité volontaire et du tonus de la queue. L’un de ces chiens présentait également une absence de sensibilité caudale le lendemain de l’intervention, mais a récupéré 12 heures plus tard (ce chien avait subi une section de FTI).

Si la chirurgie s’est révélée généralement efficace, trois cas ont présenté une récidive. La ré-adhérence (ou ré-ancrage) est une complication connue chez l’humain , et ces résultats soulignent la nécessité d’optimiser les techniques chirurgicales actuelles afin de traiter la pathologie sous-jacente tout en minimisant le risque de récidive. 

Suivi post opératoire

Les signes de récidive comprenaient des épisodes de douleur ou de dysesthésie lombo-sacrée ainsi qu’une réduction de l’activité physique, sans toutefois atteindre la sévérité initiale observée avant le traitement. Un autre chien, initialement en guérison partielle, a présenté une récidive de douleur ou de dysesthésie lombo-sacrée un mois après l’intervention. Certains chien ont fait l’objet d’une nouvelle intervention chirurgicale.

Lors du suivi à court terme, tous les chiens présentaient une fonction caudale normale. On pouvait avoir de nouveaux déficits transitoires de proprioception (réflexe de placement du pied) au niveau des membres pelviens, qui étaient absents avant l’intervention, mais qui ont totalement disparu en l’espace d’un mois.

Les résultats sont comparables à ceux observés chez l’homme, où l’on signale également une amélioration importante sans pour autant obtenir une disparition complète des signes cliniques. Une étude portant sur des adultes atteints a révélé que la douleur était le signe clinique répondant le mieux à la chirurgie : 82 % des patients ont constaté une amélioration en postopératoire, contre seulement 62 % pour les déficits moteurs et 45 % pour les troubles vésicaux.

Tous les propriétaires ont fait état, de manière subjective, d’une amélioration significative de la qualité de vie après la chirurgie lors du suivi à long terme, bien que beaucoup aient signalé une amélioration seulement partielle de certains signes.

Elements predicteurs de réussite

Les scores de gravité clinique étaient de puissants prédicteurs de la réponse au traitement médical, des scores plus faibles étant significativement associés à une réponse positive 

Une aggravation clinique avant l’orientation vers le spécialiste, la présence d’anomalies comportementales et des grades neurologiques plus élevés étaient négativement associés à une réponse positive au traitement médical. 

Le grade I présentait le taux de réponse le plus élevé (75 %, 9/12), suivi du grade II (27 %, 3/11), tandis qu’aucune réponse n’a été observée pour les grades III (0/5) ou IV (0/2). Le traitement chirurgical était significativement associé à une guérison complète et à l’arrêt du traitement lors du dernier suivi.

Le syndrome de la moelle attachée occulte est rarement signalé et mal caractérisé chez le chien, mais il peut entraîner des signes cliniques invalidants. En raison de l’absence d’anomalies à l’IRM conventionnelle et d’une présentation clinique mal définie, ce trouble énigmatique est probablement sous-diagnostiqué. S’agissant d’une affection traitable dont l’évolution est favorable tant chez l’homme que chez le chien, la compréhension de son phénotype clinique est cruciale pour une identification et une prise en charge précises. 

Une caractéristique clé de la présentation typique du SMA occulte dans l’étude de Romero était l’apparition clinique à un âge précoce , en particulier chez les chiens atteints de SMA confirmée. En médecine humaine, l’âge moyen au moment de l’intervention chirurgicale a été rapporté comme étant de 16 ans dans une étude  et de 24 ans dans une autre. Ces observations concordent avec les résultats des études, renforçant l’hypothèse selon laquelle la SMA pourrait être congénital  et soulignant l’importance du signalement de l’animal pour le diagnostic de cette affection. 

Mais, l’apparition de signes cliniques jusqu’à l’âge de 65 mois chez un chien atteint de SMA confirmée suggère une étiologie potentiellement acquise, tandis que la présentation entre 12 et 36 mois chez d’autres chiens soulève la possibilité d’une maladie subclinique, dont les signes précoces pourraient passer inaperçus.

En résumé, le syndrome de la moelle attachée est probablement sous-diagnostiqué chez le chien en raison des grandes variations anatomiques interindividuelles, d’une méconnaissance générale des signes cliniques et d’un manque de consensus sur le diagnostic par imagerie.

Le diagnostic du SMA occulte  est intrinsèquement complexe. Dans ces études, la libération chirurgicale par dissection du filum terminale a entraîné la résolution ou une amélioration remarquable de signes cliniques auparavant pharmacorésistants, renforçant ainsi la validité du diagnostic. 

La suspicion clinique reposait sur l’âge au début des symptômes, la persistance ou l’aggravation de ces derniers, une localisation anatomique précise (en excluant rigoureusement tout autre diagnostic) et l’identification d’une position fixe du cône médullaire lors d’IRM dynamiques, lorsque celles-ci étaient disponibles. 

Malgré ces résultats, le SMA demeure une affection controversée dont le diagnostic préopératoire est complexe, notamment en raison de la nécessité de se fonder sur une suspicion clinique face à des résultats d’IRM statique (non dynamique) normaux. Cette difficulté est illustrée par la longue durée d’évolution des signes cliniques, la multiplicité des examens diagnostiques et les échecs répétés à établir un diagnostic avant l’orientation vers un spécialiste. Ces défis soulignent l’urgence de définir des critères diagnostiques robustes pour guider la prise de décision clinique.

Ce qu’on retient également, c’est qu’il y a une corrélation significative entre le système de score de gravité clinique en 16 points et la réponse au traitement médical, rejoignant ainsi l’échelle à 15 items utilisée pour le SMA  chez l’homme. Bien sûr je vous mets ce système de storing traduit dans le mémo. 

Des scores élevés étaient associés à une probabilité moindre de réponse au traitement médical, ce qui confirme la pertinence clinique du système.

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Date : octobre 2026

Auteur : Alexandra de Nazelle, Docteure Vétérinaire, Exercice exclusif en Ostéopathie et Phytothérapie vétérinaire à l’Houmeau à coté de La Rochelle

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